Thèses de doctorat achevées et en cours

Entre héritage national et ressource économique. L’enseignement de la langue et culture portugaise en Suisse à l’épreuve du capitalisme tardif
Doctorante: Mariana Steiner
Université: Université de Fribourg
Directeur de thèse: Prof. Dr Alexandre Duchêne
Période: 2009-2018

Cette thèse de doctorat, soutenue le 15 mai 2018, analyse la manière dont les nouvelles idéologies langagières, conséquences du capitalisme tardif, affectent l'investissement du Portugal et de la Suisse dans l’enseignement de la langue et culture d’origine portugaise aux communautés émigrées (enseignement LCOP). Dans un contexte où les subventions étatiques pour le maintien de ces cours se trouvent progressivement remises en question, la place et la légitimité de l’enseignement des langues de la migration sur le territoire helvétique méritent d’être questionnées. Se réclamant d’une sociolinguistique historique et critique (Bourdieu, 1977; Heller, 2002 ; Cotelli ; 2008) articulant les discours gouvernementaux produits entre 1950 et 2015 sur les cours de langue et culture d’origine portugaise, aux discours produit localement par les acteurs sociaux ce travail s’intéresse au terrain de la langue dans une perspective tant politique, qu’éducative et individuelle. En définitive, il s’agit de (a) comprendre le rôle des états dans la production et la reproduction des locuteurs jugés comme légitime (b) d’analyser la manière dont les décisions politiques tendent à (re)produire des inégalités entre les locuteurs et (c) mettre en lumière la façon dont les nouvelles idéologies langagières, conséquence du capitalisme tardif, sont contestées, négociées ou accommodées par les acteurs sociaux impliqués par cet enseignement.

Consigner, tracer, réguler l’élève : le carnet de devoir comme technique de gouvernementalité
Doctorant: Tibère Schweizer
Université: Université de Fribourg

Directeur de thèse: Prof. Dr Alexandre Duchêne
Domaine: sciences du langage
Période: 2021-2025

 

Au cœur du dispositif scolaire git un petit cahier dont chaque élève est pourvu. Sa forme revêt à la fois les traits du registre, du tableau calendaire, du relevé de notes et du cahier de communication. Le carnet de devoirs, objet dont la dénomination n’est pas fixée, mais que nous désignerons ainsi provisoirement, concentre une telle variété d’écritures qu’il est malaisé de lui assigner une fonction unique et stable. Il se présente comme un pivot scolaire où s’entextualisent à la fois des éléments d’anticipation (devoirs, évaluations à venir, évènements divers propres à la scolarité), des éléments de mémoire (résultats d’évaluation, commentaires sur l’attitude scolaire, messages adressés aux parents, etc.) et des éléments de régulation. Il est le lieu où s’inscrivent à la fois des prescriptions comportementales, des logiques disciplinaires, des attentes et requis scolaires plus au moins explicites et des jugements sur l’élève et son travail. En tant que tel, il ouvre une fenêtre sur le fonctionnement de l’école et sur la relation au savoir, à l’apprentissage de l’enseignant, de l’élève et des parents. Cette étude prend le parti de considérer le carnet comme une technique, en ceci que le carnet est à la fois un instrument qui implique des usages et à la fois un moyen qui implique une finalité. Ainsi, sous le prisme de la technique, le carnet désigne à la fois un petit livre voué à accueillir des écritures, et à la fois un mode d’organisation scolaire. La question est de savoir quelles sont ces écritures, quelles sont leurs raisons d’être et quelles sont leurs implications au sein des techniques que l’école mobilise pour « gouverner » les élèves