Thèses de doctorat achevées et en cours

Verbalisation des émotions et secondarisation en leçons d’éducation interculturelle : une approche socioculturelle des pratiques d’enseignement
Doctorante: Stéphanie de Diesbach-Dolder
Université de Lausanne
Directrice de thèse : Dre Nathalie Muller Mirza

Période: 2010-2018

Un statut particulier est accordé aux émotions des élèves au sein de l’école. Elles peuvent être aussi bien perçues comme un levier que comme un obstacle aux apprentissages scolaires. Cette tension concernant la place octroyée aux émotions s’accentue dès lors qu’il est question de contenu d’enseignement associé aux « Éducations à » (Audigier, 2006 ; Audigier, Fink, Freudiger & Haeberli, 2011) que l’on trouve parfois sous l’appellation d’« éducation interculturelle ». En effet, ce type d’enseignement est doublement lié à la dimension émotionnelle (Muller Mirza & Grossen, 2017). D’une part, l’éducation interculturelle investit des thèmes hétérogènes qui renvoient à toutes sortes d’autres sphères d’expériences, qui convoquent ainsi le « je subjectif » (Nonnon, 2008) de l’élève à travers l’évocation de son expérience personnelle (par exemple le récit sur la migration) et la verbalisation d’émotions. D’autre part, la question de la prise en compte des émotions fait également partie des finalités de l’éducation interculturelle qui s’oriente vers un travail sur le « rapport à l’altérité », qui ne considère pas « l’autre » en tant qu’objet d’étude, mais qui cherche à développer des connaissances et un regard sur la relation entre soi et l’autre (Lanfranchi, Perregaux & Thommen, 2000).

Cette thèse, qui s’inscrit dans un projet financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifiques (FNS, subside n°100013-132292 – Professeure Michèle Grossen, requérante principale), se propose d’étudier des pratiques réelles dans le domaine de l’éducation interculturelle. En particulier, elle cherche à examiner la façon dont les émotions et les expériences personnelles verbalisées par les élèves sont prises en compte par les enseignantes (le terme « enseignant » sera utilisé au féminin pour parler des participant-e-s à la recherche)  dans des leçons mises en place à partir de deux documents pédagogiques à visées interculturelles et les processus à l’œuvre dans la construction de connaissances. Lorsque les émotions et les expériences sont mises en mots, observe-t-on des processus de mise en réflexivité – processus que certains auteurs appellent la secondarisation (Bautier & Goigoux, 2004 ; Jaubert, Rebière & Bernié, 2004) ?

En adoptant une perspective socioculturelle inspirée de Vygotski (1987) qui considère la dimension « transformationnelle » des émotions, des séquences d’enseignement-apprentissage enregistrées auprès de douze enseignantes provenant de la région francophone de la Suisse (six au cycle primaire et six au cycle secondaire I) et dans lesquels les élèves partagent leurs expériences personnelles et verbalisent leurs émotions sont analysées.

Les résultats montrent que les émotions et les expériences personnelles sont rarement simplement verbalisées, mais également souvent articulées et mises en tension avec d’autres expériences. Si cette tension se révèle propice à la construction de nouvelles connaissances, le travail de secondarisation à partir des émotions et des expériences personnelles reste complexe et peut conduire à un refroidissement, à une non-reconnaissance de celles-ci pourtant verbalisées par un élève, ou alors à un empiétement sur la sphère intime des élèves (Muller Mirza, 2014). De manière plus large, les résultats de cette thèse conduisent également à ouvrir la discussion et à interroger de manière plus générale la place des émotions (verbalisées) en situation d’apprentissage.

Trajectoires d'appropriation langagière et développement professionnel : un regard sur la construction de l'identité professionnelle enseignante
Doctorante: Delphine Etienne-Tomasini
Université de Lausanne
Directrice de thèse: Prof. Thérèse Jeanneret
Période: 2009-2018

La thèse de doctorat de Delphine Etienne-Tomasini s’inscrit dans une approche méthodologique qualitative. Cette recherche doctorale, par une approche sociologique, veut comprendre et mettre en lumière les représentations des futur-e-s enseignant-e-s quant à l’enseignement-apprentissages des langues. Elle porte plus précisément sur la construction identitaire des futur-e-s enseignant-e-s de l’école primaire et entend comprendre quel(s) rôle(s) jouent la diversité et l’appropriation langagière dans ce processus.

Trajectoires scolaires transnationales : perspectives d’adolescent∙e∙s nouvellement arrivé∙e∙s en Suisse Romande
Doctorante: Noémie Mathivat 
Université de Neuchâtel
Co-diirection de thèse : Prof. Laure Kloetzer (UniNE) et Prof. Jeanne Rey (HEP|PH FR)
Période : 2021-2024

Le projet vise à étudier les trajectoires scolaires transnationales d’adolescent∙e∙s migrant∙e∙s à Lausanne et à Fribourg. Si l’écart de réussite scolaire entre élèves allophones et immigré∙e∙s d’une part et francophones natif∙ve∙s de l’autre est connu (Rosenberg & al., 2003 ; OCDE, 2010), la perspective des jeunes primo-arrivant∙e∙s sur leurs propres parcours et expériences de l’école en Suisse reste rare (Bauer et al., 2021 ; Nicolet & Rastoldo, 1997).
La recherche qualitative s’attachera à saisir l’expérience personnelle des jeunes sur le(s) changement(s) de pays, l’accueil et l’accompagnement mis en place dans les écoles, l’apprentissage de la langue de scolarisation, les relations avec les pairs et la vision du chemin de formation. Cet axe subjectif sera mis en regard avec le parcours scolaire objectivé et communiqué par l’institution. L’étude des trajectoires s’ancrera dans deux localisations urbaines distinctes : celle structurée, séparative et établie des classes d’accueil lausannoises et celle souple, intégrative et plus récente du système fribourgeois.
Le groupe de jeunes participant∙e∙s sera constitué d’élèves récemment arrivé∙e∙s en âge de 7-8H ainsi que d’élèves venu∙e∙s il y a deux à trois ans, intégré∙e∙s en classe ordinaire (9-10H). Suffisamment âgé∙e∙s pour relater leur parcours et adopter une posture réflexive (Sam & al., 2008) il∙elle∙s peuvent témoigner de leur expérience de l'école là-bas et ici (Senovilla Hernandez & Marmié, 2019). La récolte des données s’effectuera de manière longitudinale sur près de deux ans par entretiens semi-dirigés, observations participantes, productions textuelles en classe ainsi que dans un groupe d’ateliers collaboratifs. Cet axe sera complété par le point de vue scolaire visible dans les enclassements initiaux et successifs, le diplôme obtenu, les aménagements et mesures proposés. Les données proviendront des documents officiels disponibles, des dossiers scolaires d’élèves, des conseils de classe ainsi que d’échanges avec les responsables.
La finalité de la thèse consistera à comprendre et visibiliser le sens et l’agentivité que les jeunes construisent dans leur trajectoire scolaire transnationale et ses diverses transitions. Leurs prises de parole et partages d’expérience dans le cadre du projet permettront de valoriser leur vécu mais aussi de contribuer à la construction du sens par la narration (Bruner, 2010, Payet 2019, Mirza 2016). Les résultats mettront en lumière des parcours, des pratiques, des profils, des progressions, des stratégies semblables ou contrastés entre et au sein des dispositifs de scolarisation. Les analyses permettront de proposer des pistes de développement ou d’aménagement des mesures et des formations existantes dans les écoles. Elles offriront des modèles et partages d’expériences à l’attention des participant∙e∙s eux∙elles-mêmes et possiblement d’autres jeunes élèves primo-arrivant∙e∙s allophones.